Les hippies en Espagne des années 1960 à 1970
Il faut distinguer les véritables lieux d’installation hippie, où des communautés ont durablement vécu, des villages simplement fréquentés par des artistes et des bohèmes. Sous la dictature franquiste, la contre-culture restait étroitement surveillée. Les hippies étrangers recherchaient donc surtout des îles, des villages isolés, des maisons abandonnées et des plages difficiles d’accès.
Ibiza, le principal foyer hippie espagnol
Ibiza est incontestablement le lieu le plus important. Les premiers artistes et intellectuels étrangers y étaient arrivés avant la Seconde Guerre mondiale, mais le véritable mouvement hippie s’y développe surtout durant la seconde moitié des années 1960.
Les nouveaux arrivants s’installent principalement dans le nord et l’intérieur de l’île, alors beaucoup plus pauvres, agricoles et isolés qu’aujourd’hui. Ils louent ou restaurent des fincas sans eau courante ni électricité, vivent de l’artisanat et organisent des rencontres informelles.
Les endroits les plus emblématiques
Sant Joan de Labritja et les campagnes environnantes constituent l’un des principaux territoires d’installation.
Sant Carles de Peralta devient un lieu de rendez-vous important pour les artistes, musiciens et voyageurs. Le village reste aujourd’hui l’un des meilleurs endroits pour retrouver cette mémoire.
Santa Eulària des Riu et Es Canar sont associés au développement de l’artisanat hippie. Le marché de Punta Arabí apparaît en 1973 et constitue l’un des héritages directs de cette période.
La plage de Benirràs, dans le nord de l’île, reste associée aux rassemblements, à la musique et aux percussions, même si les célèbres séances de tambours actuelles ont été largement développées après la grande époque hippie.
Sant Miquel de Balansat, Portinatx, Cala de Sant Vicent et les campagnes de Sant Llorenç accueillirent également des étrangers à la recherche d’une vie communautaire et proche de la nature.
Les hippies s’installèrent principalement dans la partie nord, où ils trouvaient davantage de liberté et des logements ruraux très bon marché.
Une précision concernant Las Dalias
Las Dalias est aujourd’hui présenté comme le grand marché hippie d’Ibiza. Le lieu existait auparavant comme salle et espace festif, mais son marché hippie régulier ne commence qu’en 1985. Il représente donc l’héritage du mouvement plutôt qu’un marché historique des années 1960.
Formentera, le refuge le plus authentique
Formentera était encore plus isolée qu’Ibiza. À la fin des années 1960, l’île devient une étape importante de la route hippie méditerranéenne. Les voyageurs y trouvent peu de routes, peu de constructions, des plages presque désertes et une vie extrêmement simple.
Sant Ferran de ses Roques
Le village de Sant Ferran était le véritable centre de rencontres. La Fonda Pepe, ouverte bien avant l’arrivée des hippies, devient leur quartier général informel. On y échangeait des informations, des objets artisanaux, des instruments et parfois des adresses permettant de poursuivre le voyage vers le Maroc, la Turquie, l’Inde ou le Népal.
La Mola
Le plateau de La Mola, à l’extrémité orientale de l’île, attire ceux qui cherchent à s’installer dans un environnement plus isolé. Des artisans et des artistes y vivent durablement. Le marché actuel de La Mola conserve une partie de cette tradition.
Cap de Barbaria et les plages
Les environs du cap de Barbaria, de Migjorn, d’Es Caló et certaines parties de la côte nord étaient fréquentés par des voyageurs vivant sous la tente, dans des abris sommaires ou dans de petites maisons rurales.
Formentera s’impose ainsi comme un refuge contre-culturel majeur à partir de la fin des années 1960, notamment autour de Sant Ferran et de la Fonda Pepe.
Mojácar, le grand refuge hippie de la péninsule
En Espagne continentale, Mojácar, dans la province d’Almería, est probablement le lieu le plus emblématique.
Au début des années 1960, le village était très pauvre, peu peuplé et difficilement accessible. Une grande partie des habitants avait émigré. Les maisons blanches abandonnées étaient parfois vendues ou louées pour presque rien.
Des peintres, des écrivains, des étrangers et des voyageurs nord-américains ou européens s’y installent progressivement. Ils restaurent des maisons, ouvrent des ateliers, des bars et des lieux de rencontre.
Les endroits à découvrir
Mojácar Pueblo, avec ses ruelles et ses maisons blanches, représentait le cœur de la communauté artistique.
Mojácar Playa devient ensuite un espace plus libre, avec des cabanes et des établissements de plage. Le célèbre Tito’s, créé par un Américain arrivé dans les années 1960, est lié à cette histoire.
Les alentours de Turre, Garrucha, Vera et Palomares attirent également des étrangers recherchant des terrains et des logements très bon marché.
Mojácar est parfois présenté comme « l’Ithaque des hippies », tant le village est devenu un territoire mythique pour cette génération.
Valle Gran Rey, sur l’île de La Gomera
À partir de la fin des années 1960 et surtout pendant les années 1970, Valle Gran Rey, à La Gomera, devient l’un des grands refuges alternatifs d’Europe.
Les premiers arrivants sont notamment de jeunes Nord-Américains opposés à la guerre du Viêt Nam, puis des Allemands, des Britanniques et des Scandinaves. Certains campent sur les plages, occupent des grottes ou restaurent de petites maisons.
Playa del Inglés
La Playa del Inglés est le lieu le plus symbolique. Vers 1970, une petite colonie s’installe autour de cette plage encore sauvage. Le naturisme, la musique et la vie communautaire deviennent associés à cet endroit.
La Playa et La Puntilla
Ces secteurs du littoral étaient fréquentés par les voyageurs et restent aujourd’hui les lieux où l’ambiance alternative est la plus perceptible.
La Calera
Le vieux quartier de La Calera, avec ses maisons serrées sur le versant, accueille des résidents étrangers, des artisans et des artistes.
Vueltas
Le petit port de Vueltas constitue un autre point de rencontre. Il conserve des bars, des ateliers et une population internationale.
Valle Gran Rey est l’un des rares endroits où une partie de l’esprit alternatif des années 1970 demeure réellement visible.
Les Alpujarras et Órgiva
Les montagnes des Alpujarras, au sud de Grenade, attirent des néoruraux et des voyageurs alternatifs à partir des années 1970.
Les maisons abandonnées, les cortijos isolés, l’eau des montagnes et la possibilité de cultiver la terre séduisent ceux qui souhaitent quitter les grandes villes.
Órgiva
Órgiva devient progressivement le centre commercial et humain de cette population internationale. Les communautés s’installent dans les vallées et les cortijos situés autour de la ville.
Lanjarón, Cáñar, Soportújar et les villages voisins
Ces villages ont accueilli des artisans, des musiciens, des agriculteurs alternatifs et des étrangers venus restaurer des propriétés rurales.
Beneficio
La communauté de Beneficio, près d’Órgiva, est souvent citée comme une communauté hippie historique. Il faut toutefois être précis : le courant alternatif arrive dans les Alpujarras dès les années 1970, mais la communauté structurée de Beneficio est généralement datée de 1987. Elle appartient donc davantage à la génération néo-hippie et aux mouvements communautaires des années 1980.
Cala de San Pedro et Cabo de Gata
La Cala de San Pedro, près de Las Negras, dans le parc naturel de Cabo de Gata, abrite depuis plusieurs décennies une communauté vivant dans des constructions simples, avec des jardins et une source naturelle.
L’origine exacte de l’installation est moins clairement documentée que pour Ibiza ou Mojácar. Elle semble s’être développée à la fin des années 1970 et surtout pendant les années 1980.
Aujourd’hui encore, la crique n’est accessible qu’à pied ou en bateau. Elle reste habitée, mais il s’agit d’un lieu de vie privé et fragile, pas d’une attraction folklorique. Les visiteurs doivent respecter les habitants, ne rien abandonner et éviter de photographier les personnes sans autorisation.
Las Negras, Rodalquilar, Agua Amarga et certaines parties de Cabo de Gata ont ensuite développé une ambiance artistique et alternative dans le prolongement de cette présence.
Deià, à Majorque
Deià, dans la Serra de Tramuntana, est davantage un village d’artistes et de bohèmes qu’une véritable colonie hippie.
Autour de l’écrivain Robert Graves, le village attire dès les années 1950 et 1960 des écrivains, des peintres, des musiciens et des personnalités anticonformistes. Dans les années 1970, cette présence se mêle au mouvement hippie et à la scène musicale internationale.
Les lieux représentatifs sont le village de Deià, Cala Deià, la maison de Robert Graves et les anciens bars fréquentés par les artistes. Son histoire relève cependant davantage de la bohème culturelle que d’une communauté hippie organisée.
Cadaqués, en Catalogne
Cadaqués et le secteur de Portlligat étaient déjà fréquentés par des artistes, notamment autour de Salvador Dalí. Dans les années 1960 et 1970, des jeunes voyageurs, artistes et marginaux s’y retrouvent.
Le village a donc bien connu une période hippie et psychédélique, mais il ne semble pas avoir accueilli une communauté aussi importante et structurée que celles d’Ibiza, de Formentera, de Mojácar ou de Valle Gran Rey. Il faut plutôt le considérer comme un foyer bohème et artistique.
Altea, sur la Costa Blanca
Altea accueille à partir des années 1960 de nombreux peintres, artisans et étrangers. Sa vieille ville, ses maisons blanches et sa lumière méditerranéenne en font un refuge artistique.
Il existe bien une tradition bohème à Altea, mais les documents disponibles ne permettent pas de la classer parmi les grandes implantations hippies espagnoles. C’était surtout une colonie de peintres, de sculpteurs, d’écrivains et d’artisans, avec une influence hippie plus diffuse.
Les lieux les plus importants à retenir
Pour retrouver les véritables traces de cette époque, le classement le plus sérieux serait :
Ibiza, particulièrement Sant Joan, Sant Carles et le nord de l’île.
Formentera, autour de Sant Ferran, La Mola et des anciennes zones rurales.
Mojácar, principal foyer historique de la péninsule.
Valle Gran Rey, à La Gomera, l’un des refuges alternatifs les mieux conservés.
Les Alpujarras et Órgiva, surtout pour les installations néorurales de la fin des années 1970.
Cala de San Pedro et Cabo de Gata, davantage associés à la continuité du mouvement pendant les années 1980.
Deià, Cadaqués et Altea sont importants pour la culture bohème, mais ne doivent pas être présentés comme de véritables grandes communes hippies.
Depuis Alicante, la route la plus logique et la plus accessible serait de découvrir Mojácar, puis Las Negras et Cala de San Pedro, avant de poursuivre vers Órgiva et les Alpujarras.


