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Jumelage entre Nice et Alicante près de soixante ans d’amitié méditerranéenne

Nice & Alicante

Jumelage entre Nice et Alicante

Près de soixante ans d’amitié méditerranéenne

À Alicante, l’avenue de Nice longe la plage de San Juan face à la Méditerranée. Son nom n’a rien d’anecdotique. Il rappelle le jumelage entre Nice et Alicante, deux villes qui entretiennent depuis 1968 une relation fondée sur une histoire commune, une identité méditerranéenne affirmée et une même tradition d’accueil.

Près de soixante ans après sa signature, cet accord conserve une véritable force symbolique. Nice et Alicante partagent en effet bien davantage que le soleil, la mer et de longues promenades tournées vers le large. Leur rapprochement plonge ses racines dans les grands mouvements de population qui ont marqué le bassin méditerranéen au cours du XXe siècle.

 

Nice et Alicante, deux villes aux destins méditerranéens

À première vue, les ressemblances sont nombreuses. Nice s’étend le long de la baie des Anges, tandis qu’Alicante s’ouvre sur la Costa Blanca, dominée par le château de Santa Bárbara. Toutes deux possèdent un port, une forte vocation touristique, une vie culturelle dynamique et un patrimoine façonné par les échanges entre les peuples.

 

Mais le lien entre les deux villes est aussi profondément humain. Au début des années soixante, Nice et Alicante deviennent des terres d’accueil pour une partie des populations européennes quittant l’Algérie au moment de son indépendance.

 

Cette histoire est particulièrement liée à Oran. À partir du XIXe siècle, la ville algérienne avait accueilli de nombreux Espagnols originaires de la côte méditerranéenne, notamment des provinces d’Alicante, de Valence, de Murcie et d’Almería. D’autres arrivées eurent lieu durant la guerre civile espagnole, lorsque des républicains trouvèrent refuge de l’autre côté de la Méditerranée.

 

Au fil des générations, une importante population d’origine espagnole s’était ainsi installée à Oran et dans sa région. Lorsque l’Algérie devint indépendante en 1962, une partie de ces familles choisit naturellement l’Espagne, terre de leurs parents ou de leurs grands-parents.

 

L’arrivée des pieds-noirs à Alicante et à Nice

Entre le printemps et l’été 1962, environ 50 000 pieds-noirs d’origine espagnole quittèrent l’Algérie pour rejoindre l’Espagne. Près de 70 % d’entre eux arrivèrent dans la province d’Alicante. La proximité géographique, les liaisons maritimes et la présence de liens familiaux facilitèrent cette installation.

 

Alicante rappelait également Oran par son climat, sa lumière, son architecture et sa manière de vivre tournée vers la mer. Pour de nombreuses familles, la ville représentait un environnement familier dans une période pourtant marquée par l’exil, la perte et la nécessité de tout reconstruire.

 

La France accueillit parallèlement plusieurs centaines de milliers de rapatriés d’Algérie. Une communauté importante s’installa sur la Côte d’Azur et particulièrement à Nice. Comme Alicante, la ville dut accompagner l’arrivée rapide de nouveaux habitants et intégrer leur culture, leurs habitudes et leur mémoire.

 

Les pieds-noirs participèrent ensuite à la vie économique, commerciale, scolaire et associative de leurs villes d’accueil. À Alicante, leur présence contribua notamment au développement d’établissements français et au renforcement durable des relations avec la France.

 

Une rencontre officielle en 1968

L’idée du jumelage est notamment attribuée à François Bouayad, rapatrié d’Oran devenu conseiller municipal à Alicante. Son parcours incarnait cette passerelle humaine entre l’Algérie, la France et l’Espagne.

 

En février 1968, le maire d’Alicante, José Abad Gosálbez, se rendit à Nice avec une délégation municipale. Il y fut reçu par Jacques Médecin, alors maire de la ville. Cette première rencontre officielle posa les bases d’un accord destiné à favoriser les échanges culturels, touristiques et institutionnels.

 

Quelques mois plus tard, en octobre, Jacques Médecin et les élus niçois effectuèrent le voyage en sens inverse. La délégation fut accueillie à l’hôtel de ville d’Alicante avant de découvrir plusieurs lieux emblématiques, dont le château de Santa Bárbara.

 

Cette visite fut marquée par l’inauguration de l’avenue de Nice, longue promenade longeant la plage de San Juan. Le nom espagnol « Avenida de Niza » entra alors dans le paysage urbain d’Alicante comme le témoignage concret de cette nouvelle amitié.

 

L’acte de jumelage fut officiellement signé par José Abad et Jacques Médecin au palais provincial de la Diputación d’Alicante.

 

Une amitié toujours visible à Alicante

Plus d’un demi-siècle plus tard, l’avenue de Nice demeure le symbole le plus visible de ce rapprochement. Chaque jour, habitants, promeneurs et visiteurs empruntent cette longue façade maritime sans toujours connaître l’histoire qui se cache derrière son nom.

 

Le jumelage entre Nice et Alicante raconte pourtant une aventure profondément méditerranéenne. Il évoque les migrations, les exils, les retrouvailles et la capacité de deux villes à transformer une histoire parfois douloureuse en un lien durable.

 

Nice et Alicante continuent également de partager de nombreux enjeux : l’attractivité touristique, la protection du littoral, les échanges culturels, la mobilité et la préservation d’un art de vivre tourné vers la Méditerranée.

 

Au-delà des cérémonies officielles, leur jumelage rappelle surtout que l’amitié entre les villes se construit grâce aux femmes et aux hommes qui voyagent, s’installent, transmettent leurs souvenirs et créent des ponts entre les cultures. Sur les rives de la baie des Anges comme le long de la plage de San Juan, cette histoire commune reste bien vivante.

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