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ACTUALITÉ Top Info Alicante 22.09.2026

Pourquoi les salaires restent-ils plus bas en Espagne ?

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5 min de lecture ACTUALITÉ

Pourquoi les salaires restent-ils plus bas en Espagne malgré une économie dynamique ?

L’Espagne affiche depuis plusieurs années une économie particulièrement dynamique. L’emploi progresse, l’activité résiste mieux que dans plusieurs grands pays européens et les entreprises continuent de recruter. Pourtant, lorsqu’un Français découvre les niveaux de rémunération proposés en Espagne, la comparaison peut parfois être surprenante.

Les salaires espagnols restent sensiblement inférieurs à ceux pratiqués en France et dans plusieurs pays d’Europe occidentale.

Comment expliquer ce décalage alors que l’économie espagnole se porte plutôt bien ?

La réponse ne tient pas à une seule raison. Productivité, taille des entreprises, poids des services et du tourisme, structure du marché du travail et hausse du logement se combinent pour créer une situation beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

Les salaires augmentent pourtant en Espagne

Première idée à écarter : les salaires espagnols ne sont pas totalement bloqués.

Ils progressent même assez rapidement.

En 2025, le salaire annuel brut moyen mesuré par l’Institut national de la statistique espagnol a augmenté de 3,1 %, pour atteindre environ 28 400 euros par salarié.

Au deuxième trimestre 2026, le coût salarial moyen supporté par les entreprises progressait encore d’environ 4 % sur un an.

Le problème vient donc davantage du niveau de départ.

Pendant de nombreuses années, les rémunérations espagnoles ont progressé plus lentement que dans plusieurs grandes économies européennes. Même lorsqu’elles augmentent aujourd’hui de 3 ou 4 % par an, plusieurs années seraient nécessaires pour réduire significativement cet écart.

Une question centrale : la productivité

Pour comprendre les salaires, il faut regarder la productivité.

La productivité mesure, schématiquement, la valeur créée par une personne pendant son temps de travail.

Deux salariés peuvent travailler exactement le même nombre d’heures, mais générer une valeur économique très différente selon leur secteur d’activité, les équipements dont ils disposent, l’organisation de leur entreprise ou encore les technologies utilisées.

C’est l’un des problèmes historiques de l’économie espagnole.

La productivité a relativement peu progressé au cours de la dernière décennie.

L’Espagne peut donc créer beaucoup d’emplois et augmenter son produit intérieur brut sans que la richesse créée par chaque salarié augmente au même rythme.

Et sans progression importante de la productivité, les entreprises disposent de moins de marge pour augmenter durablement les rémunérations.

Le poids des petites entreprises

La structure du tissu économique espagnol joue également un rôle important.

L’Espagne compte énormément de petites et très petites entreprises.

Or une petite structure dispose généralement de moins de moyens pour investir dans la technologie, l’automatisation, la formation ou le développement international.

Une grande entreprise peut répartir ses investissements entre des centaines ou des milliers de salariés. Une petite entreprise employant trois ou quatre personnes ne possède évidemment pas les mêmes possibilités.

Cette différence de taille influence directement la productivité et, à terme, la capacité à proposer des rémunérations plus élevées.

Tourisme et services : beaucoup d’emplois mais des salaires souvent plus faibles

Autre particularité espagnole : le poids considérable des services.

Tourisme, hôtellerie, restauration et commerce représentent une part importante de l’emploi.

Ces activités sont indispensables à l’économie espagnole, particulièrement dans une région comme la Communauté valencienne et sur la Costa Blanca.

Mais elles génèrent traditionnellement des rémunérations inférieures à celles de certains secteurs industriels, technologiques ou financiers.

Dans l’hébergement et la restauration, par exemple, les rémunérations moyennes restent sensiblement inférieures à la moyenne nationale.

Cela ne signifie évidemment pas que le tourisme est responsable à lui seul des faibles salaires espagnols.

Mais lorsqu’un pays possède une proportion importante d’emplois dans des secteurs où la valeur ajoutée par salarié est relativement faible, cela influence mécaniquement la moyenne nationale.

Des diplômés parfois surqualifiés pour leur emploi

L’Espagne possède également un autre paradoxe.

Elle forme de nombreux diplômés, mais son économie ne crée pas toujours suffisamment d’emplois correspondant à leur niveau de qualification.

Un diplômé universitaire peut ainsi accepter un poste demandant moins de qualifications que celles qu’il possède.

Le problème n’est donc pas uniquement de mieux former les salariés. Il faut également développer davantage d’entreprises et de secteurs capables d’utiliser ces compétences.

Technologies, industrie avancée, recherche, énergie, ingénierie ou numérique permettent généralement de créer davantage de valeur ajoutée et donc, potentiellement, des rémunérations supérieures.

Et pendant ce temps, le logement augmente

C’est probablement là que le sujet devient le plus sensible pour les habitants.

Un salaire ne détermine pas à lui seul le niveau de vie. Ce qui compte véritablement est ce qu’il reste après avoir payé les dépenses indispensables.

Et le logement prend une part croissante du budget.

Alicante en constitue un bon exemple.

L’attractivité internationale de la province, l’arrivée de nouveaux résidents et la forte demande immobilière ont entraîné une hausse importante des prix des logements et des locations.

Un salarié peut donc obtenir une augmentation de salaire et malgré tout avoir le sentiment de perdre du pouvoir d’achat si son loyer progresse plus rapidement.

Le paradoxe espagnol

L’Espagne se trouve finalement face à un paradoxe.

Son économie crée des emplois et les salaires augmentent. Mais la productivité progresse lentement, une grande partie du tissu économique est constituée de petites entreprises et plusieurs secteurs très importants restent associés à des rémunérations relativement modestes.

Dans le même temps, le logement absorbe une part croissante des revenus dans les zones les plus attractives.

Pour Alicante et la Costa Blanca, la question sera donc déterminante dans les prochaines années.

Attirer des habitants, des entreprises et des investisseurs est une excellente nouvelle pour l’économie locale. Mais si les salaires ne progressent pas suffisamment pour suivre le coût du logement et de la vie quotidienne, une partie des salariés risque de se retrouver progressivement exclue des zones où elle travaille.

Le véritable défi de l’Espagne n’est donc peut-être plus seulement de créer davantage d’emplois.

Il est désormais de créer davantage d’emplois capables de produire suffisamment de valeur pour offrir de meilleurs salaires.